Lancement de la production : un voyage extraordinaire

Moi c’est Marianne. Je fais partie de l’équipe ApiAfrique et je suis principalement en charge de la partie technique : création des prototypes, sourcing des matières premières et formation des couturières.

Je suis de retour après deux semaines à transmettre mon savoir-faire au Sénégal, pays qui nourrit mon travail depuis un certain temps, mais où je me rendais pour la première fois.

Quelle agréable surprise cela a été !

Je partais parce qu’il fallait absolument finaliser sur le terrain la formation des couturières que j’avais été contrainte de faire à distance en juillet et parce qu’il fallait aussi les accompagner lors du lancement de la production. J’avais mis en place une organisation millimétrée pour que mes deux enfants soient gardés chaque jour en France, pour que tout le matériel nécessaire soit présent au Sénégal, pour avoir fini tout à temps, etc. Pas un instant je n’avais pris le temps de me réjouir du voyage qui m’attendait. Alors une fois là-bas, comment vous décrire le délice qui m’a surpris…

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J’aime voyager, j’ai gouté à l’Inde, la Nouvelle-Calédonie, le Maroc et l’Algérie, puis plus au nord au Canada et à la Norvège. Mais je ne m’attendais pas à trouver autant de douceur en Afrique de l’ouest. J’avais en tête certains quartiers de Paris grouillants d’épices et d’invectives et les voix fortes du Maghreb. J’ai trouvé un pays où personne ne crie, où chacun marche doucement, bienveillant et souriant, où la respiration s’apaise avec l’air qui se déplace à la lenteur des nuages, où la chaleur baigne les corps, où la terre et le sable vivent en liberté dans les villes comme ailleurs, où les baobabs trônent sans orgueil. Quel bonheur !

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Dans ce cadre serein j’ai pu travailler sans discontinuer, deux semaines durant, sachant que chaque jour était compté et que je ne savais pas quand je pourrais revenir. J’ai cherché à optimiser chaque minute et paradoxalement je n’étais ni dans la précipitation ni dans le stress. Et mes missions ont été à l’image de ce cadre idyllique : passionnantes ! 

Il a fallu une certaine souplesse pour s’adapter au rythme qui est en vigueur au Sénégal. L’humour et la patience ont été nécessaires dès le premier jour lorsqu’on a passé une demi-journée à attendre un mécanicien censé venir à l’aurore remettre en état notre carrosse. Mais une fois patienté le résultat était là et nous avons pu rouler sereinement pendant tout notre trajet dans une voiture suffisamment âgée pour que nous n’ayons pas peur de l’égratigner. Les voitures, voilà une digression dont je ne peux pas me retenir. À Dakar, comme à M’Bour on trouve de vieilles bagnoles cabossées et rafistolées, utilisées par les taxis en premier lieu, pour pouvoir conduire à leur guise ; côtoyant des 4×4 flambants neufs qui se multiplient en réaction à la multitude de dos-d ’ânes imprévisibles, et puis les ânes, les vrais, ou encore les chevaux, harnachés de carrioles, qui trottent au milieu des voitures, de jour comme de nuit. Sauf que la nuit, sans phares, on ne les voit pas, alors c’est encore plus déconcertant de les croiser ! Les piétons sont partout, au milieu des routes comme des autoroutes qui viennent d’ouvrir. Et puis les « cars rapides » ces bus multicolores, parés de noms de guides spirituels, de prières, et d’yeux écarquillés, dans lesquels on monte et on descend en route.

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Sur les routes il y a aussi toutes sortes d’animaux, des chiens sauvages, des vaches, des cochons et beaucoup de chèvres, qui m’aident à revenir à mes moutons !

J’étais venue pour finaliser la formation des couturières et lancer la production des protections féminines et couches lavables. J’ai commencé dans le premier atelier : celui des Mains Ouvertes : un centre de formation bien pensé, qui fonctionne à l’énergie solaire. Quatre jeunes filles m’attendaient : Fatou-Marie, Amy, Khady et Marianne, mon homonyme. J’ai vite réalisé que mes tutoriels vidéo de juillet et mes gammes de montages n’avaient pas été tellement utiles. Il fallait commencer quasiment à zéro. J’ai d’abord bataillé avec les machines, le matériel et découvert que même quand il était neuf, il n’était pas forcément en état de marche… Mon master en Insertion n’a pas été inutile pour trouver les ressources et la pédagogie nécessaires pour mettre en route ces quatre jeunes couturières tout juste sorties de formation. Ce qui est génial c’est que techniquement elles ont fait toutes les erreurs possibles et inimaginables et ce qui est encore plus génial c’est qu’elles ont appris de chacune d’elles et ne les ont pas reproduites ! On est donc parties de peu pour arriver en une dizaine de jours à un résultat impeccable. Et cela a été enthousiasmant autant pour elles que pour moi.

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Parallèlement nous avons signé un partenariat avec un deuxième atelier, lui aussi accolé à un centre de formation. Cela nous permet une certaine sécurité et une capacité de production plus importante. Et là on a expérimenté l’efficacité sénégalaise avec plaisir. Comme nous avions déjà fait toutes les étapes avec le premier atelier, ça a été extrêmement rapide à dupliquer. Et face à nous, nous avions des gens qui en voulaient et se donnaient les moyens. 

J’ai aussi découvert la pouponnière de M’Bour, sorte d’orphelinat, accueillant 180 enfants dont 80 bébés. Les équipes étaient souriantes et les enfants désireux de câlins à l’infini. Sur le plan technique cela m’a beaucoup apporté. On a pu tirer les conclusions de trois mois de tests avec nos couches laissées en juillet et faire des choix clairs concernant l’efficacité des différentes matières premières. On a aussi mieux compris leurs attentes. Et puis j’ai pu tester chaque taille de couche à tout plein de bébés de morphologies et de poids différents. Cela m’a permis d’affiner et d’améliorer encore mes patrons. Je leur souhaite de pouvoir bientôt avoir un stock suffisant de couches ApiAfrique et ainsi dire au revoir aux pénuries de couches et aux lits détrempés. Si tout va bien, ça ne devrait pas trop tarder.

Difficile de décrire notre emploi du temps tellement il était chargé. Disons que ça commençait à 8h30 et que quand les couturières finissaient à 17h, on enchainait jusqu’à 19h30 avec les rendez-vous, pour finir la soirée avec nos tableaux Excel et patrons à adapter. Si ce rythme a été tenable c’est qu’on logeait dans un endroit sublime : le Ben’tenier Hotel, Nature & Détente : des cases entourées de verdure, les nuits bercées par le bruit de l’océan et le matin accueilli par le chant des oiseaux et des coqs. Si je dois conseiller un lieu de ressourcement à quelqu’un, ce sera celui-ci !

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Nadine, qui gère ce lieu est vraiment une ressource inépuisable, elle nous a mis en relation avec de nombreux partenaires locaux, et porte parallèlement la création d’incroyables écoles maternelles publiques via l’association Tché Kanam .

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Difficile de s’arrêter tellement ce voyage a été riche.

Un conseil : allez voir de vous-même !

Et pourquoi pas, retrouver une partie de l’équipe : Marina et Abdoulaye qui s’installent là-bas à partir de la fin du mois pour porter le projet sur place au quotidien. Vous pourrez aussi profiter des savoureux « Bonnjouur Madaame » des enfants ravis de pouvoir pratiquer le français qu’ils apprennent à l’école.

Marianne

 

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